Le bureau d’Amnesty International Sénégal a présenté à Dakar son rapport annuel 2025 sur la situation des droits humains le mardi 21 avril 2026, offrant une lecture contrastée de l’évolution des libertés publiques et des réformes institutionnelles au Sénégal. Cette publication intervient dans un contexte marqué par des transformations politiques, économiques et sociales qui appellent à un renforcement des mécanismes de gouvernance et de protection des droits fondamentaux. Le pays apparaît à un tournant où la consolidation de l’État de droit devient un enjeu stratégique pour les autorités, les partenaires internationaux et les investisseurs.
Parmi les avancées notées, le rapport met en lumière l’adoption de réformes visant à renforcer l’accès à l’information et la lutte contre la corruption. La création d’un nouvel organe dédié à la transparence publique et l’obligation de déclaration de patrimoine pour certains responsables institutionnels sont présentées comme des signaux encourageants en faveur d’une gouvernance plus responsable et d’un environnement propice à la confiance des citoyens et des partenaires internationaux.
Cependant, ces progrès institutionnels coexistent avec des restrictions préoccupantes des libertés fondamentales. Le rapport souligne que des journalistes, chroniqueurs et acteurs politiques ont été poursuivis ou emprisonnés pour des faits liés à l’expression de leurs opinions. Les suspensions de médias et les tensions persistantes entre l’exécutif et la presse illustrent un climat fragile pour la liberté d’expression. Amnesty International appelle à une réforme de la législation afin de dépénaliser les délits de presse, en conformité avec les standards régionaux, notamment la jurisprudence de la Cour africaine des droits de l’homme.
Les enjeux sécuritaires et judiciaires demeurent également centraux. L’ouverture d’enquêtes sur les violences survenues lors des manifestations entre 2021 et 2024 constitue une avancée vers la vérité et la justice. La décision du Conseil constitutionnel permettant des poursuites pour les crimes graves commis durant cette période ouvre la voie à une responsabilisation attendue. Toutefois, la surpopulation carcérale, avec plus de trois fois la capacité officielle des prisons, et des cas de décès en détention rappellent l’urgence de réformes structurelles du système pénitentiaire.
Sur le plan social, les défis restent profonds. Les droits des femmes et des filles stagnent, en l’absence de réformes du Code de la famille, toujours jugé discriminatoire. Les enfants, notamment les talibés, continuent d’être exposés à des violences et à des négligences graves, malgré des concertations en cours. Par ailleurs, les conditions environnementales dans certaines zones, marquées par la proximité de décharges à ciel ouvert, posent des questions de santé publique et de justice environnementale.
La question migratoire illustre, quant à elle, une réalité humaine dramatique : des dizaines de personnes continuent de périr en mer en tentant de rejoindre l’Europe, révélant les limites des politiques actuelles en matière d’emploi, de mobilité et de protection.
Au total, le Sénégal conserve des atouts institutionnels solides et une dynamique de réforme réelle. Mais le rapport d’Amnesty International souligne que la crédibilité de cette trajectoire dépendra de la capacité des autorités à garantir pleinement les libertés publiques, à protéger les plus vulnérables et à assurer une justice indépendante et effective. Pour les partenaires internationaux comme pour les investisseurs, l’évolution de ces indicateurs restera déterminante dans un climat de confiance et de stabilité du pays.


