Le Sénégal franchit une étape décisive dans la maîtrise de ses ressources naturelles. Le gouvernement a acté le retrait de la société américaine Kosmos Energy du projet gazier Yakaar-Teranga, sans compensation financière, selon une annonce du Premier ministre Ousmane Sonko. L’accord, signé le 22 avril, prévoit l’attribution d’une nouvelle licence exclusivement à la société nationale Petrosen.
Situé au large de Dakar, dans le bloc offshore profond de Cayar, Yakaar-Teranga constitue l’un des actifs gaziers les plus prometteurs du pays, avec des ressources estimées à environ 25 trillions de pieds cubes. Découvert entre 2016 et 2017, le projet était jusqu’ici dominé par Kosmos Energy, qui en détenait 90 %, contre 10 % pour Petrosen.
Ce désengagement s’inscrit dans un contexte où la major américaine évoquait, dès décembre dernier, l’absence de partenaire supplémentaire et de modèle de développement commercialement viable. L’option d’un transfert à l’État sénégalais à l’horizon 2026 était alors envisagée, ouvrant la voie à une reconfiguration du projet.
Pour Dakar, cette reprise s’inscrit dans une stratégie plus large de souveraineté énergétique et d’optimisation des retombées économiques locales. En confiant l’intégralité du projet à Petrosen, les autorités entendent renforcer le contrôle public sur la chaîne de valeur, tout en accélérant l’intégration du gaz dans le mix énergétique national et les politiques d’industrialisation.
Yakaar-Teranga rejoint ainsi les autres piliers du secteur extractif sénégalais, aux côtés du champ pétrolier de Sangomar et du projet gazier transfrontalier Greater Tortue Ahmeyim (GTA). Ensemble, ces actifs structurent l’ambition du pays de devenir un hub énergétique régional.
Sur le plan diplomatique et de l’investissement, cette décision envoie un signal nuancé. Si elle traduit une volonté d’affirmation souveraine, elle pose également la question de l’attractivité du cadre d’investissement dans un contexte où les projets offshore requièrent des capitaux et des expertises techniques considérables. L’équilibre entre contrôle national et partenariats internationaux restera déterminant pour la viabilité et la valorisation de ces ressources à long terme.


